Café installation Finistère Run Ar PunsLe CIVAM 29 a animé un café installation mardi 7 juin au Run Ar Puns à Chateaulin. Ce café était organisé avec le CEDAPA, MIR et Accueil Paysans 22 et avec le soutien du PIDIL (Programme pour l’Installation des jeunes en agriculture et du Développement des Initiatives Locales).

La soirée a commencé par un tour de table des différents projets des 15 personnes présentes , en prenant de temps d’écouter et de questionner sur les envies, les difficultés de chacun. La totalité des porteurs de projets présents avaient un projet d’installation agricole qu’on pourrait qualifier « d’innovant » ou « d’atypique ». A la différence des projets d’agriculture dit « conventionnelle », ils n’ont pas comme unique objectif la production de marchandises, mais mêlent leur(s) production(s) à des préoccupations sociales ou environnementales, à une intégration territoriale et citoyenne et à la recherche d’une bonne qualité de vie. Cela se traduit dans leurs projets par des productions diversifiées et à plus ou moins petite échelle, une volonté de produire dans une démarche d’agriculture durable, biologique ou paysanne, de commercialiser en vente directe ou par des circuits courts, de créer du lien ville-campagne par des activités d’accueil et de partage.

Dans un 2ème temps, Yann et Adélaïde ont présenté leur l’installation progressive via un GFA, avec l’envie de s’installer en collectif. En 2008, alors qu’ils réfléchissaient à s’installer, Yann et Adélaïde ont été informés via les CIVAM 29 de terrains à vendre. N’ayant que peu d’apports personnels, ils ont, avec l’aide de Terre de Liens Bretagne, constitué un Groupement Foncier Agricole, groupement qui réunit un certain nombre de personnes qui ont investi pour acheter collectivement les terrains (le fonctionnement est proche de la gestion d’une Société Civile Immobilière dans le cadre d’un immeuble par exemple). Le GFA nouvellement constitué loue les terrains à Yann et Adélaïde ainsi qu’à une troisième personne qui s’est installée en élevage ovin et apicole.
Yann et Adélaïde ont la volonté de s’installer progressivement, en limitant les investissements pour rester autonome et viser la valeur ajoutée plutôt qu’un volume de production. Ils ont dû refuser les aides à l’installation, qui ne correspondaient pas à leur démarche d’installation progressive. En effet les aides sont conditionnées à des niveaux de productions que nous jugeons trop élevés, conduisant à de fort investissements afin de dégager très rapidement un revenu important, avec une approche sur les volumes de production plutôt que sur la valeur ajoutée. Et il n’existe pas d’aides qui permettent une installation avec une montée en puissance progressive de la production et de l’activité. En ce sens les aides ne sont pas adaptées à des projets comme le leur. D’où leur idée de faire participer leurs connaissances au projet via le GFA.

Les participants ont ensuite débattu sur l’installation, qui a vite tourné sur les freins à l’installation : globalement, les discussions ont laissé transparaître une grande amertume vis-à-vis des « partenaires » institutionnels à l’installation et du regard qu’ils portent à ces projets « atypiques ». Plusieurs porteurs de projets présents n’ont pas eu l’impression d’obtenir une aide de ces organismes, voire ont eu l’impression qu’on leur mettait « des bâtons dans les roues ».
2 points ont particulièrement été discutés :

  • le foncier : principale difficulté, et des évocations amères de la SAFER qui ne privilégie pas nécessairement « l’installation face à l’agrandissement ». En effet l’installation n’est qu’une de ses priorités parmi d’autres comme « l’aménagement parcellaire », « le développement équilibré des exploitations » ou « le développement économique rural », qui, selon l’interprétation qui en est faite, peuvent conduire à privilégier l’agrandissement des fermes. Il faut cependant noter (lueur d’espoir ?) que deux jeunes présents viennent d’avoir un premier avis favorable de la SAFER, alors qu’ils étaient en concurrence avec un projet d’agrandissement de ferme. Ces jeunes conseillent aux porteurs de projets de multiplier les contacts et les soutiens à leur projet en allant voir les élus locaux (maires, conseillers généraux, présidents de communautés de communes), l’ODASEA, les paysans installés, les organismes et syndicats agricoles, la DDTM, les associations qui soutiennent l’installation, afin d’avoir une reconnaissance et des soutiens locaux forts.
  • l’accompagnement : les difficultés à être compris et accompagné par les organismes officiels agricoles pour des projets « atypiques » avec des valeurs, qui ont d’autres objectifs que les volumes de production, mais plutôt l’emploi, le respect de l’environnement, la qualité de vie, le revenu. Les personnes présentes ont témoigné d’un défaut d’écoute dans ces organismes vis-à-vis de leurs projets : il leur faut absolument rentrer dans le moule.

La soirée s’est terminée par des discussions entre les personnes présentes. Ces temps informels d’échanges entre porteurs de projets sont très riches, et permettent de lancer une réelle dynamique entre les créateurs d’activités présents, qui souvent isolés, sont demandeurs de moments d’écoute. Lors des prochains cafés, des futurs cédants seront invités, afin de permettre aux « anciens » et aux « repreneurs / créateurs » de partager leurs points de vues et de se connaître, ce qui fait souvent défaut et bloque régulièrement des transmissions.

Voir aussi : l’article du télégramme.

Pour soutenir les créateurs d’activités rurales au stade de l’émergence de leur projet, les porteurs de projets qui ont plus de 40 ans et ne peuvent bénéficier d’un accompagnement classique (PPP) ainsi que pour les futurs cédants, le collectif d’appui à l’installation et à la transmission dans les Côtes d’Armor et le Finistère vous propose un accompagnement : téléchargez la plaquette !