IMG_1637Le mercredi 31 juillet 2013 s’est tenu, à Plouray dans la ferme maraîchère de Ronan Gallou, une journée d’échange régionale sur la traction animale.

Organisée par le CIVAM du Finistère, la FR CIVAM et le réseau Faire à Cheval, la journée s’est déroulée en deux temps : la présentation des résultats de l’étude de Muriel Fritsch sur la traction animale professionnelle en Bretagne et un tour de ferme axé sur des échanges et discussions (le terrain pas assez ressuyé ne nous ayant pas permis une démonstration).


L’étude s’est intéressée aux utilisateurs d’animaux attelés dans leur activité professionnelle. Compte tenu des limites de temps de l’étude, les activités de tourisme, d’insertion, de soins (équi et asinothérapie) n’ont pas été étudiées, l’étude se limitant aux agriculteurs et aux prestataires de services en débardage et travaux agricoles, et donc aux forestiers.

L’idée de l’étude était de faire un premier était des lieux, et de connaître les pratiques, les motivations et les attentes des utilisateurs. Elle a été faite par des entretiens avec des personnes ressources, et par une enquête par questionnaire, diffusée le plus largement possible, notamment via les réseaux CIVAM, Faire à Cheval, GAB, Accueil Paysan, Terre de liens, Agriculture Paysanne… en Bretagne.

IMG_1645La trentaine de personnes présentes lors de la restitution correspondait bien au public identifié par l’enquête, composé d’agriculteurs, des prestataires de service et des porteurs de projets.

L’étude montrait que les agriculteurs utilisant la traction animale se revendiquaient très majoritairement comme s’inscrivant dans l’Agriculture Paysanne et sont très majoritairement certifiés bio. Ils travaillent dans de petites exploitations pour ceux en grande culture, mais dans des exploitations plus grandes en maraichage, du fait des besoins en fourrages des animaux de trait.

D’une manière générale, on constate un regain d’intérêt pour ces pratiques, avec des utilisateurs de plus en plus nombreux depuis 10 ans.

Le trait breton est l’animal le plus utilisé, devant les autres chevaux et les ânes, les mules/mulets/bœufs n’étant utilisés que très rarement.

Des motivations communes à tous les utilisateurs ont été identifiées : le plaisir et la passion de l’animal, les contacts et les liens avec celui-ci, les aspects patrimoniaux de préservation des races et des savoir-faire, et des aspects agronomiques de respect des sols.

IMG_1660Les forestiers ont des motivations spécifiques : l’utilisation de l’animal est un choix technique qui mêle des intérêts environnementaux et économiques. L’animal est capable de travailler là où la machine ne peut pas (zones humides, pentes, zones fragiles, accès difficile), avec un impact sur l’environnement bien plus faible. De plus le moindre impact sur le sol des animaux a un impact sur la viabilité économique de la forêt à long terme.

Du côté des agriculteurs, les utilisateurs expliquent leur choix par une recherche d’autonomie et un souci d’économie : une moindre consommation de carburant, un moindre investissement et une plus grand transmissibilité. C’est un choix rationnel, une partie des tâches sont faites à l’aide de l’animal, les autres au tracteur ou par la CUMA ou l’ETA. Les avantages techniques ont été mis en avant en terme de précision (désherbage et binage en maraichage), d’efficacité (compromis main/tracteur), tant que cela concerne des surfaces relativement petites.

Ces constats ont été discutés par les utilisateurs : l’investissement est quand même à relativiser (animal+foncier supplémentaire+matériel moderne efficace, cela a quand même un coût !), et les avantages de l’animal peuvent devenir des inconvénients s’il est utilisé pour des tâches trop difficiles. Tout le monde était d’accord pour soulever l’importance pour un porteur de projet de bien réfléchir en amont de son projet aux tâches qu’il conviendra de faire en traction animale et à celles qui seront faites mécaniquement.

IMG_1691Les aspects environnementaux, le silence, la cohérence du système agricole, ainsi que le rythme de travail plus lent imposé par l’animal sont des motivations qui sont aussi ressorties chez les agriculteurs. L’utilisation de l’animal concoure à donner un sens à leur travail.

L’utilisation de l’animal impose néanmoins des contraintes. Il y a, comme nous l’avons dit précédemment, la question du foncier réservé à l’affouragement de l’animal. Mais travailler avec un animal nécessite un bon contact avec l’animal (et donc d’y être formé). L’animal nécessite des soins ; il faut une certaine condition physique pour manipuler ces animaux. Il n’est pas toujours simple de trouver du matériel adapté et la vitesse de travail est réduite. En prestation de service, un manque de communication et une image rétrograde de l’animal limite la demande.

Il y a donc plusieurs attentes des utilisateurs et des porteurs de projets, qui ont été confirmées par les personnes présentes.

Tout d’abord une communication auprès des collectivités et des particuliers, afin de redorer l’image du cheval et augmenter la demande pour les prestataires de service.

Les attentes en terme de formations sont nombreuses. Les formations sont peu nombreuses, souvent mal financées (pour ceux qui ne tombent pas dans les « bonnes cases »), et souvent pas assez longues. La constitution et le financement d’un réseau de tuteurs qui puissent accueillir des stages longs a été proposé : en effet la plupart des stages proposés sont des stages courts, et bien connaitre l’animal nécessite de travailler longuement avec lui !

IMG_1685Enfin le développement d’un réseau d’utilisateurs bretons permettrait de mettre en lien les utilisateurs, ainsi que les porteurs de projets. Il y a une forte demande d’échanges d’informations techniques sur le matériel, l’autoconstruction de matériel, la connaissance de l’animal, les techniques de cultures liées à la traction animale. Le savoir-faire et les connaissances des « anciens » serait grandement utile ! Et le matériel ancien peut avoir de beaux jours devant lui, pour peu qu’il soit adapté (ou adaptable) aux techniques modernes de traction animale. Le développement d’un tel réseau permettrai de plus de favoriser les passerelles entre les différents réseaux paysans existants.


Après un pique-nique partagé très riche en débats, la journée s’est poursuivie par un tour de la ferme maraîchère de Ronan Gallou.

Après nous avoir présenté ses deux chevaux de trait avec lesquels il travaille, Ronan a pu nous présenter son matériel moderne de traction animale : Kassine (porte-outils) et différents outils (sous-soleuse, herse-étrille, vibro, lame sarcleuse, buttoir…)

La journée s’est terminée par un tour des cultures et des serres, qui ont animés de nombreuses discussions sur les techniques utilisées par Ronan et son utilisation de ses chevaux de trait.

Les participants à la journée se sont montrés très intéressés et souhaitent impatiemment le IMG_1667renforcement d’un réseau d’utilisateurs à travers la Bretagne, en témoignent les adhésions supplémentaires au réseau Faire à Cheval. Le réseau Faire à Cheval, le CIVAM du Finistère et la FRCIVAM Bretagne ont entendu leurs préoccupations et agiront dans ce sens !

 

 

Voir l’article du Paysan Breton sur cette journée en cliquant ici.